
Ce livre est un long texte poétique sur la migration des êtres dans l’espace, dans le temps et en eux-mêmes. Il est inspiré de témoignages de migrants, de déplacés, d’apatrides et de réfugiés. Il est composé de trois chapitres, trois plongées dans les traversées difficiles de la migration et de l’exil : le désert, la mer et les limbes, ces lieux intermédiaires d’attente que sont les centres de rétention, les lieux d’errance, de peur et de passage, la rue et ses péripéties. Le migrant, victime d’un ordre planétaire, victime de lui-même, engendrant lui-même aussi des victimes quelquefois.
Le texte est ponctué de dires de personnages migrants fictifs.
Ce livre est un long texte poétique sur la migration des êtres dans l’espace, dans le temps et en eux-mêmes. Il est inspiré de témoignages de migrants, de déplacés, d’apatrides et de réfugiés. Il est composé de trois chapitres, trois plongées dans les traversées difficiles de la migration et de l’exil : le désert, la mer et les limbes, ces lieux intermédiaires d’attente que sont les centres de rétention, les lieux d’errance, de peur et de passage, la rue et ses péripéties. Le migrant, victime d’un ordre planétaire, victime de lui-même, engendrant lui-même aussi des victimes quelquefois.
Le texte est ponctué de dires de personnages migrants fictifs.
Poème narratif. Ce texte a été écrit dans un rythme libre, sans ponctuation.
Il a bénéficié d’une bourse d’écriture de la Région Auvergne-Rhône-Alpes.

Extraits de
Collision (dessins de Jacky Essirard), éd. Atelier de Villmorges, 2003
Tronc 5
La vie acculée derrière un dernier arbre. En tant que telle, il faut l’appréhender comme ça, renversée comme une rétine : debout, ma tête suspendue par un fil invisible à la terre, je vois le ciel en bas, la pluie monte, et cela pendant une courte durée donne une bonne leçon à ce qui pourrait fonder une objectivité. Seulement, la température froide même si le témoin lumineux indique le chiffre et le degré à l’envers.
: une main chaude se pose sur mon épaule dans une douceur amicale et ça
risque de chambouler tout net la direction haut-bas. Je sursaute puis me redresse, et durant la brève vibration d’un ressort qui monte et descend ou descend et monte, la fragilité d’un paysage ordinaire
devient palpable.
La pluie, le signe fluorescent, le branchage, tout ou quoi, tout bouge dans un mouvement vertigineux.
L’acidité remonte, les voix des manifestants qui brancardent photos, slogans et couleurs s’estompent alors qu’elles cherchaient un chemin sous ma nuque vers ce globe détraqué -et je désigne ma tête.
Une voix féminine, trois fois répète une même prosodie de syllabes. Sans chercher à donner une figure ou une taille à la main posée sur mon épaule, je relâche un oui en guise de pas vraiment envie de suivre une quelconque logique. Les yeux fermés. Les choses tellement enchevêtrées en moi qu’aucune incitation à dénouer ou renouer avec le dehors n’est souhaitable.
Maintenant, a posteriori,
cette
collision de sens contre sens
a extrait
une couche
d’essence sur ce.
(La pluie, le signe fluorescent, le bruissement plus ou moins perceptible, l’intensité du branchage, ténébreuse avec quoi il faut
pas jouer le malin un soir d’hiver, la poubelle de l’immeuble, le brouhaha, les notions-meurtrières, les mécanismes, l’inévitable, Ma tasse de thé, le méta et le ver de terre tombé sur le pouce alors que je suis entrain de lire
le Livre)
Bref, l’expérience intégrale
vieillie instant après instant. Inabordable,
si inabordable soit-elle, la combinaison se présente déchirement ou
étirement
de bric-à-brac
impertinent -dedans moi.
En face, des bâtiments
à
la teinte sombre
et l’architecture répétitive, totalitaire sur plus d’un km périphérique où glandent enfants et adolescents et où peu d’amis osent se rendre,
contrastent
avec la masse colorée d’arbres. Allégorique. Mais tellement présente qu’elle devient
un air
connu.
